Derrière les incidents: la crainte d' un déshabillage

Publié le par Willy Ngoie

Derrière les incidents: la crainte d' un déshabillage

On attendait des violences de la rue, et en particulier des partisans de JP Bemba dans le cas où Kabila l' aurait emporté au premier tour des élections présidentielles. Mais les incidents sanglants sont venus de troupes théoriquement sous contrôle. Cela était prévisible. En vain la Communauté Internationale avait invité à une réunion de l' espace présidentiel avant le scrutin et au cantonnement des troupes. Kabila avait choisi de caracoler en avance sur le calendrier de la campagne officielle. Et la veille du scrutin, ce sont Zaidi Ngoma, Azarias Ruberwa et Bemba qui s' étaient réunis pour dénoncer les risques des troupes de Kabila. Mais cela n' explique pas la survenance des incidents. A qui le crime profite-t-il? Tout au cours de la campagne JP Bemba n' avait jamais affiché l' ambition de gagner les élections au premier tour, mais de mettre Kabila en ballottage. Autant dire que la perspective d' un second tour lui avait apporté satisfaction. Il est difficile d' imaginer qu' avec cette ambition limitée, JP Bemba aurait cherché à saboter la soirée électorale et à faire retarder de plusieurs heures l' annonce des résultats. Mais l' attente était tout le contraire pour le camp Kabila. La victoire au premier tour avait été proclamée avant les élections, au lendemain des votes et tout le long du dépouillement des résultats. Des fêtes avaient démarré dans l' Est, car la victoire de Kabila était assurée. Et si un camp était crispé et porté à des frustrations profondes, c'était bien celui-là. Mais cela n' explique pas que l' avance de 24 points de Kabila sur Bemba ait pu être perçue comme une cuisante défaite. C' est que la victoire finale de Kabila est loin d' être certaine. L' Alliance pour la Majorité Présidentielle (AMP) a été bâtie sur deux piliers: l' argent et les insuffisances de Kabila. L' argent provenait du financement occulte provenant des contrats miniers; et ce n' est pas un hasard si les personnalités attirées pour remettre en question ces contrats ( à savoir l' ancien président de l' assemblée Kamitatu et le président de la Commission parlementaire Lutundula) se sont retrouvés dans l' AMP et que le trésorier du groupe n' est autre que Katumba Mwanke à qui ont donne la paternité des fameux contrats. Mais l' argent de la campagne était bien suffisant pour financer deux scrutins et même les autres élections provinciales et locales. Pourquoi donc cette crispation sur le seul premier tour des présidentielles? Pourquoi fallait-il que Kabila passe absolument en force dès le premier tour? On trouve au sein de l' AMP des personnalités brillantes et qui ont évalué la situation. Ils en parlent à voix basse. Tout ce monde est convaincu que Kabila n' a pas une personnalité brillante et forte. On est passé des capacités d’ un Président à servir le pays, aux possibilités de se servir de lui.

Tout le monde a peur que le masque du jeune homme calme ne tombe en cas de confrontation directe avec un seul adversaire. Le face à face. Aussi, toute le campagne du premier tour avait été sérieusement encadrée par des collaborateurs qui chauffaient les foules avec de véritables discours, ne laissant à Kabila que de brèves apparitions et des interventions répétitives. La Radio France Internationale qui est la chaîne la plus écoutée n' avait pas réussi à surprendre Kabila. La chaîne avait interviewé tous les candidats présidentiables, mais Kabila, le favori, n' avait pas osé répondre aux questions improvisées et spontanées des journalistes, laissant la tribune à un assistant. Une telle dérobade ne se reproduira plus. En effet, beaucoup s' étonnent de l' adversité des Kinois envers Kabila. Ce n’ est pas une simple question de langues, mais de leadership. Tshombé ne parlait pas lingala, mais il avait été le chouchou premier ministre. Car voilà cinq années que les kinois répètent qu' ils ne connaissent pas leur chef d' Etat qu' ils ne le voient qu' à la télévision. Sa seule apparition publique à quelques heures de la clôture de la campagne avait été désastreuse. Même sa jeune et fraîche épouse avait eu plus de prestance en public. Comment en ce cas imaginer que Kabila pourra tenir tête aux foules, aux journalistes et à son challenger pendant les deux prochains mois? Il n' y aura plus d' échappatoire possible. Et c' est un véritable cauchemar. D' où la rage du clan présidentiel obligé de se soumettre au scénario qu' il voulait éviter à tout prix. Beaucoup spéculent sur les alliances et les reports de voix en faveur des deux candidats. Mais les derniers résultats ont démontré que les populations ne suivent pas leurs leaders locaux. Le risque est réel qu' au cours des deux prochains mois, Kabila se trouve déshabillé ( pas tellement au sujet des affaires et qu’ on qualifié de déballage), mais « dévoilé » ou « dénudé ». Une gaffe personnelle et tout pourrait basculer.

 

Willy Ngoie

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Publié dans congo

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