La surmédiatisation de Moïse Katumbi ?

Publié le par Pio Kabengele

Tentatives de mettre fin à la surmédiatisation de Moïse Katumbi ?

On vient d’ apprendre la mise sous embargo médiatique de Moïse Katumbi, le tout puissant gouverneur du Katanga. Les titres dramatisent au point de parler de la « mort politique annoncée » de l’ un de ceux qui ont accédé le plus fraîchement à l’ arène politique. Il est vrai qu’ aucun autre n’ encombre autant les médias. Et cette trop grande visibilité semble avoir rendu le personnage encombrant. Cette censure médiatique pourrait être analysée sous l’ angle de la jalousie, tant les autres acteurs se trouvent relégués à l’ ombre. Les plus vicieux en appellent à Joseph Kabila dont les marges de prestige et de réelection sont grignotées par son héraut. Mais ce serait trop vite oublier que c'est une majorité à la fois présidentielle que parlementaire nationale et provinciale qui est aux commandes et que Katumbi flotte les couleurs du PPRD. Son infortune médiatique refléterait en ce cas soit des luttes intestines soit encore la fragilité de l’ AMP.  Il reste étonnant que des dirigeants PPRD essaient de museler un de leurs, à la fois clairon et bailleur de fonds. Comme s' il faisait désiormais cavalier seul.

Il est révélateur que la nouvelle de l’ embargo est venue sous forme de plaidoiries en faveur de l’ homme politique et de la poursuite de son matraquage médiatique. On le voit partout. De là à penser que c’est l’ intéressé lui-même qui progage le bruit pour exploiter sa victimisatio en mobilisant des thuriféraires, il n’ y aurait qu’ un petit pas à franchir. Le premier, Le Potentiel,a conclu que « Moïse Katumbi dérangerait-il certaines conscien­ces ?... Élu du peu­ple, il devrait, en revanche, béné­ficier de l’appui des institutions de la République. Démocratie et État de droit obligent ». De son côté, La Prospérité écrit que la censure s’exercerait aussi sur la RTNC provinciale du Katanga-même, avant de s’ exclamer : « l' embargo médiatique du gouvernator étonne plus d'un pour autant que c'est Moïse Katumbi qui venait de payer, de sa poche, un équipement pimpant neuf pour la RTNC/Katanga. Coût de l'opération : 500 mille dollars américains…».  

Entre les lignes, ces deux journaux posent le problème des relations entre les médias, la démocratie, l’ État de Droit et l’ argent. Car toute l’ histoire politique de Moïse Katumbi est d’ abord une histoire d’ argent. Ensuite une histoire d’ argent. Et, enfin, une histoire d’ argent. L’ argent a tout acheté : la députation nationale puis provinciale, puis le gouvernorat de province et il est parti à la conquête du Pays en dehors du Katanga. On s’ est extasié sur la réussite rapide et impertubable de cet animal politique de genre nouveau, mais sans s' interroger sur ce qui se cachait derrière l' écran de fumée financière les dons quotidiens en dollars américains, ponctués de la précision qu' ilo s'agit de son "propre argent". Mais est-ce de l' argent propre? Car au-delà de la popularité, la démagogie tous azimuts ne fait-il pas le lit de l’ impunité et de la mauvaise gouvernance? 

Le temps semble venu de poser la première et seule véritable question. Quelle est l’ origine de cette masse d’ argent de Katumbi? On apprend qu’ au Katanga, des gens sont à ce point ébahis qu' ils pensent que l’ intéressé à une imprimerie de billets de banque... Mais les personnes informées n' oublient pas, en ces temps de la révisitation des contrats miniers, que l’ homme a raflé des dizaines de millions de dollars américains en négociant une mine et des contrats miniers dont le profit aurait dû revenir à l’ État ou d' autres adjudicataires. La deuxième question, celle du jour, porte sur la cohabitation entre le mandat politique obtenu par les urnes -- la légitimité du pouvoir -- et la confiscation de ce même pouvoir par une popularité tenant de la démagogie et de la corruption des esprits et des consciences. Les Pères de la nouvelle république ont considéré que la désinformation est l’ un des plus graves dangers, et ils ont pensé s’ en prémunir en instituant une autorité des médias. Et la censure de Katumbi ferait l' unanimité sur cet aspect.

Plus révélateur, le plaidoyer du Potentiel en faveur du gouverneur katangais dévoile la menace médiatique qui pèse sur la Démocratie et l’ État de Droit. Le journal indique que l' embargo a été décrété « sur la chaîne nationale (RTNC) et l'autre chaîne sœur Digital Congo ». Autrement dit, le Pouvoir noyaute l’ Information. La privée Digital Congo est la « chaîne sœur » de l’ officielle RTNC ! Ce noyautage de l' opinion publique que certains savaient et que tous soupçonnaient peut être étalé et écrit noir sur blanc, sans peur de heurter les bonnes intelligences. N' est-ce pas là une indication selon laquelle les conquêtes de la Démocratie se feraient à rebours, avec la perte progressive des libertés et du droit à l’ information et à la critique? 

L’ autre alerte rouge vient de La Prospérité. Selon ce journal, Katumbi a « offert » des équipements pour 500 mille dollars. Ce don montre la finalité réelle des autres actes de générosité du gouverneur. L' impérialisme qu' on dénie aux donateurs internationaux à qui on refuse de régenter le pays donnerait des droits. Le journal laisse entendre en effet que la RTNC devrait rester au service de son bienfaiteur et de diffuser des louanges incessants. On apprend toujours du Katanga que Moïse Katumbi a lancé ses propres chaînes de radio et de télévision, dénommées « NYOTA » ( NB étoiles ou étincelles,).   Des étincelles qui pourraient  mettre le feu à la maison Congo...

P. KABENGELE

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Publié dans congo

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