Aux limites de la crédibilité
Aux limites du crédit-génocide
Il est persona non grata à Kigali. REYNTJENS, professeur de l'Université d'Anvers, analyste de la région des Grands Lacs a écrit dans De Standaard qu'apparemment les ministres belges ne montrent leurs muscles que lorsque les intérêts belges sont en jeu. Et d'invoquer un rapport d'Amnesty International de juillet 2005, intitulé «Democratic Republic of Congo: arming the east », selon lequel un DC8 de la société rwandaise Silverback Cargo Freighters, qui est retenu au sol à Zaventem (Bruxelles) depuis août 2005, transportait des armes de l'Europe de l'Est vers le Rwanda. Silverback louait également un appareil à une autre société transportant du coltan pillé en République Démocratique du Congo vers l'Allemagne. Silverback a acheté ses deux DC8 au prix symbolique de 10 dollar la pièce. Interrogé par Roger HUISMAN pour le journal Het Belang Van Limburg, le professeur pense que " Kigali ne pourrait pas effectuer une fuite en avant, comme lors de ses précédentes agressions en République Démocratique du Congo, notamment en vue des prochaines élections en RDC où les vassaux congolais de Kigali n'ont pratiquement aucune chance de tirer leur épingle du jeu. La probabilité est faible, non parce que les Rwandais ne le souhaitent pas, mais parce qu'ils n'oseront plus recommencer. Les Américains sont très attentifs. A chaque fois que Kigali entame des préparatifs d'agression de la RDC, un coup de fil univoque retentit de Washington. Il y a une ligne à ne pas franchir. Jusqu'à présent le régime de Kigali a été peu inquiété. Les limites du crédit-génocide, d'un traitement bienveillant en raison du génocide, sont atteintes, conclut-il.
Pendant ce temps à Kinshasa, le RCD-Goma, pro-rwandais, a abbatu ses dernières cartes en protestant contre la loi électorale qui n’a pas validé la création de territoires de Minembwe et Bunyakiri. Après avoi fait la guerre pour s' octroyer une vice-Présidence, après avoir raté le maquillage des listes fermées, le RCD veut ses deux circonscriptions électorales. En fait, ce découpage ne pouvait pas être réalisé à l' initiative du Chef de l' Etat, sauf à renvoyer le texte électoral pour une seconde lecture au Parlement qui est parti en vacances et à bloquer tout. Les nouveaux territoires visent à créer des enclaves tribales pour assurer des sièges à la minorité d' origine tutsi. Deux questions ne sont pas posées. Puisque le RCD a des adeptes non apparentés au Rwanda/Burundi et qu' il se trouve des congolais prêts à tout sacrifier pour éloigner le spectre d' une nouvelle rébellion, comment les Banyamulenge ne pensent à obtenir des sièges que dans leur terroir et pas à la suite d' une intégration réellement voulue par eux dans les territoires actuels? De même, la guerre de 1998 avait été justifiée comme une légitime défense pour empêcher le génocide des Banyamulenge. Mais si la survie de cette tribu est finalement ramenée aux deux territoires de Minembwe et Bunyakiri, comment accepter que ces gens se soient permis de mettre le feu à toute la maison Congo et entraîner 4 millions de morts? Les limites de la légitime défense sont désormais éclaircies: on a affaire à une entreprise disproportionnée, et criminelle.
Le boycott du RCD-Goma ne va pas suspendre le délai de 14 jours pour le dépôt des candidatures. On est parti pour une crise réelle, pour autant que le problème soit perçu correctement. Ce qui est en cause, c'est le principe-même du regroupement national sur la base de critères démocratiques. N' est-ce pas se contredire que de garantir des sièges à une tribu, alors que le Congo est une mosaïque de minorités?
Le boycott n' a pas réusi à Tshisekedi qui réclame, mais trop tard, un recensement électoral. Mais combien sont-ils? Une infime minorité. La carte électorale étant devenue l' unique carte d' identité, les partisans de l' UDPS se seraient déjà plaint de leur marginalisation dans la vie de tous les jours et de tracasseries policières. Mais on n' a rien entendu de ce genre et ils ne sont pas tellement nombreux dans le besoin de l enrollement. Mieux, l' UDPS n' a jamais indiqué le nombre de ses membres dans le besoin de cette formalité. Le savent-ils eux-mêmes? Mais ils argumentent avec le fameux "processus inclusif", alors que ce sont les élections, aux résultats incertains, qui sont en cause.L' UDPS a déjà voté par son boycot. Plus curieux est l' argumentation de la CEI avec l' impossibilité matérielle de refaire le recensement. Le calendrier électoral a été reculé, et on dispose d' autant de délais que pour le recensement de base. On devrait pouvoir inscrire les retardataires de Tshisekedi, serat-ce au prix d' addenda de listes d' électeurs. Le véritable obstacle provient de la CEI qui ne dispose plus des fameuses valises avec ordinateur portable et en état de fonctionner. Sur les 10.000 "kits" au départ, il n' y en a eu que 3.000 de "déployés", suivant le vocabulaire en usage. On a dissimulé cette incapacité avec le transfert du matériel de provinces en provinces, jusqu' en Equateur et au Bandundu. Avec les pannes et les cannibalisations, il n' y a plus tellement de "kits".
La Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) a invité les chrétiens à se rendre aux urnes par obligation «d’élire comme mandataires publics à différents niveaux des personnes compétentes, soucieuses des valeurs morales et éthiques dans la gestion de l’Etat, faisant preuve de probité morale, d’intégrité et d’honnêteté et capables de promouvoir le bien commun et le développement intégral de la nation.». Les Evêques ne parlent point des enjeux économiques et de l' attribution et de l' exploitation des ressources naturelles. Un peu comme si les élections apporteront du pain au peuple. On eût voulu que les Evêques, non pas qu' ils soutiennent tel ou tel, mais qu' ils en excommunient plusieurs soit nommément, soit selon des critères permettant d' identifier les voleurs et les assassinns. Ce sont les mêmes qui récitent avant chaque messe: " J' ai péché par action ou par omission".
Willy Ngoie